Infirmier libéral, vous êtes payé à l'acte. Quand vous n'êtes pas en tournée auprès de vos patients, vous ne gagnez rien. Une entorse, une opération, un problème de dos : du jour au lendemain, vos revenus chutent, alors que vos charges, elles, continuent. Votre régime obligatoire verse des indemnités, mais elles sont très loin de remplacer vos revenus. Voici, chiffres à l'appui, ce que vous toucheriez réellement, et pourquoi une prévoyance est indispensable.
Ce que vous touchez en cas d'arrêt de travail
Depuis 2021, l'arrêt de travail d'un infirmier libéral est indemnisé en trois temps :
| Période | Qui verse | Montant en 2026 |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Personne | 0 €, c'est le délai de carence |
| Jours 4 à 90 | Assurance maladie (CPAM) | 1/730e de vos revenus moyens des 3 dernières années, entre 26,33 € et 197,50 € brut par jour |
| À partir du 91e jour | CARPIMKO | forfait de 55,44 € brut par jour, quels que soient vos revenus, majoré de 8,06 € par enfant à charge, pendant 3 ans au maximum |
Retenez deux choses. D'abord, même pendant les trois premiers mois, la CPAM ne verse qu'environ la moitié de vos revenus journaliers. Ensuite, à partir du 4e mois, la CARPIMKO verse le même forfait à tous, que vous gagniez peu ou beaucoup.
Le manque à gagner, chiffré
Prenons une infirmière libérale qui dégage un revenu de 3 600 € par mois, soit environ 120 € par jour, stable depuis trois ans.
| Situation | Ce qu'elle perçoit | Ce qu'elle perd |
|---|---|---|
| En activité | 3 600 € par mois | — |
| Arrêt, jours 4 à 90 | environ 1 775 € par mois | environ 1 825 € par mois |
| Arrêt, à partir du 4e mois | environ 1 663 € par mois | environ 1 937 € par mois |
| Invalidité totale, après 3 ans | 1 680 € par mois | 1 920 € par mois |
| Invalidité partielle | 840 € par mois | 2 760 € par mois |
Montants bruts, avant CSG et CRDS, hors majorations pour enfants. Exemple théorique calculé avec les barèmes 2026 ; votre situation dépend de vos revenus réels.
Dès le 4e jour d'arrêt, c'est donc plus de la moitié de ses revenus qui disparaît. Et plus vous gagnez, plus l'écart est important, car le forfait de la CARPIMKO ne suit pas vos revenus.
Pendant ce temps, vos charges continuent
Un arrêt de travail ne suspend pas vos dépenses. Vous continuez à payer :
- vos cotisations URSSAF et CARPIMKO, calculées sur vos revenus des années précédentes ;
- votre véhicule, souvent indispensable pour les tournées : crédit ou location, assurance, entretien ;
- votre cabinet : loyer, charges, logiciel, matériel ;
- votre RC Pro et vos autres assurances ;
- les dépenses du foyer : loyer ou crédit immobilier, scolarité des enfants, factures.
À cela s'ajoute un risque propre à votre métier : un arrêt long peut fragiliser votre patientèle. Faire appel à un remplaçant permet de la conserver, mais il faut alors pouvoir rétrocéder une partie des honoraires.
Invalidité et décès : des montants qui ne protègent pas votre famille
Si vous ne pouvez plus exercer, ou si vous disparaissez, la CARPIMKO prévoit en 2026 :
- une pension d'invalidité de 10 080 € par an en cas d'invalidité partielle d'au moins 66 %, et de 20 160 € par an en cas d'invalidité totale ;
- un capital décès de 36 288 € pour un conjoint sans enfant à charge, et de 54 432 € avec enfants ;
- une rente de 10 080 € par an pour le conjoint et de 7 560 € par an pour chaque enfant à charge.
Dans notre exemple, le capital décès avec enfants représente à peine plus d'un an de revenus. Si c'est vous qui apportez le revenu le plus important du foyer, votre famille devra réduire fortement son train de vie, voire vendre la maison si le prêt n'est pas entièrement couvert.
Ce qu'une prévoyance adaptée vous apporte
- des indemnités journalières qui complètent celles de la CPAM et de la CARPIMKO, pour maintenir vos revenus pendant l'arrêt ;
- une franchise courte, pour être indemnisé rapidement, parfois dès le premier jour en cas d'accident ou d'hospitalisation ;
- une rente d'invalidité calculée sur votre métier d'infirmier : si vous ne pouvez plus exercer auprès de vos patients, vous êtes indemnisé, même si vous pourriez exercer une autre activité ;
- la prise en charge de vos frais professionnels pendant l'arrêt ;
- un capital décès et des rentes pour vos proches, à la hauteur de vos revenus ;
- la couverture du dos et des troubles psychologiques, deux causes d'arrêt fréquentes chez les soignants, à vérifier en option.
Les points d'attention propres aux infirmiers
Deux risques sont fréquents chez les soignants et souvent mal couverts. Vérifiez-les en priorité dans votre contrat :
- le dos et les articulations : manutention des patients, gestes répétés, kilomètres en voiture. De nombreux contrats excluent les affections du dos, ou ne les couvrent qu'en cas d'hospitalisation ou d'intervention chirurgicale ;
- les troubles psychologiques : dépression, burn-out, épuisement professionnel. Charge de travail, horaires étendus, situations difficiles auprès des patients : les soignants y sont particulièrement exposés. Là encore, beaucoup de contrats les excluent ou les limitent, sauf option spécifique.
Ces deux garanties s'ajoutent souvent sous forme d'option. Vérifiez qu'elles figurent bien dans votre contrat, sans condition d'hospitalisation. Les autres points à regarder :
- les accidents de la route pendant les tournées, qui sont un risque quotidien ;
- les accidents d'exposition au sang et leurs conséquences ;
- la reprise à temps partiel : certains contrats continuent d'indemniser pendant une reprise progressive.
Forfaitaire ou indemnitaire : le point à vérifier absolument
Deux contrats qui affichent la même indemnité journalière peuvent verser des sommes très différentes le jour de l'arrêt. Tout dépend de leur mode d'indemnisation.
| Forfaitaire | Indemnitaire | |
|---|---|---|
| Montant versé | Le montant choisi à la souscription, quoi qu'il arrive | Votre perte réelle de revenus, dans la limite de la garantie |
| Prestations CPAM et CARPIMKO | Elles s'ajoutent à l'indemnité du contrat | Elles sont déduites de l'indemnité du contrat |
| Au moment de l'arrêt | Pas de calcul de perte : il suffit de justifier l'arrêt | Vous devez justifier vos revenus pour calculer la perte |
| Si vos revenus ont baissé | L'indemnité reste la même | L'indemnité baisse avec vos revenus |
| Cotisation | En général plus élevée | En général plus faible |
Le contrat forfaitaire convient bien aux infirmiers dont les revenus varient d'une année sur l'autre : début d'activité, temps partiel, reprise après une maternité, patientèle en construction. Le montant est garanti et connu à l'avance.
Le contrat indemnitaire peut suffire si vos revenus sont stables. Mais attention : après une année plus faible, vous seriez indemnisé sur cette base, sans pouvoir retrouver le niveau que vous pensiez avoir assuré.
Dans les deux cas, l'assureur vérifie vos revenus à la souscription : on ne peut pas assurer plus que ce que l'on gagne. C'est le mode d'indemnisation qui change tout au moment de l'arrêt.
Loi Madelin : des cotisations déductibles
En tant qu'infirmier libéral imposé au régime de la déclaration contrôlée, vos cotisations de prévoyance Madelin sont déductibles de votre bénéfice imposable, dans la limite d'un plafond qui dépend de vos revenus. En contrepartie, les indemnités perçues seront imposables. Les infirmiers au régime micro-BNC ne bénéficient pas de cette déduction.
Dans un contrat Madelin, les garanties décès sont versées sous forme de rente ; un capital décès et la garantie frais généraux relèvent d'autres règles. Tout est détaillé dans notre guide sur la loi Madelin et la prévoyance.
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Ce guide est fourni à titre d'information générale. Les garanties, exclusions, plafonds et franchises varient selon les contrats : seules les conditions générales et particulières de votre contrat font foi. Les règles fiscales évoquées sont celles en vigueur à la date de mise à jour du guide ; leur application dépend de votre situation personnelle. Montants des régimes obligatoires en vigueur en 2026, communiqués à titre indicatif ; ils sont revalorisés chaque année.